Caen Ouistreham, le 19 mai 2017, arrivées. Photo © Jean-Marie LIOT / NCR2017 - www.jmliot.com

Jean disait vouloir faire mieux qu’une sixième place (son meilleur résultat jusqu’ici). Ce podium est une vraie performance. Quel est votre sentiment par rapport à ce résultat ?
Jean : « On est super content ! C’était une belle course, super intéressante, et finir deuxième, c’est top, car il y avait à la fois de bons bateaux, de la concurrence, et d’excellents marins. Le bateau est performant, et avec Nico à bord, je savais qu’on avait un potentiel, mais de là à faire ce résultat, c’est super positif ! Il y a eu beaucoup de stratégie, de tactique, de replacements, et sur une échelle de 4 à 5 jours entre l’Angleterre et l’Irlande c’ était très instructif. En plus on a eu de jolis paysages, avec des virements de bord au ras des falaises irlandaises, c’était chouette. C’était dur aussi, il faut bien le dire, mais j’apprends dans la difficulté des choses… (rire) »

Nicolas : « Nous sommes super contents. Cette place sur le podium était loin d’être gagnée, car il y avait des bateaux plus rapides et nous n’avions pas beaucoup eu l’occasion de naviguer ensemble cette saison. L’expérience de l’année dernière nous a aidés, et après, nous étions sur un terrain de jeu que je connais bien, ça facilite les choses.Nous avons eu aussi de la réussite à certains moments. » 

Les dernières 24 heures ont été intenses, avec cette bagarre sans relâche avec VandB. Comment avez-vous vécu cette dernière ligne droite ?
Jean : « VandB est un bateau de dernière génération, qui marche très bien au reaching ou au portant. Du coup, on savait qu’il pouvait repasser devant sur cette dernière partie de la course. Nous avons misé sur la tactique et la stratégie pour tenir. Et ce qui nous a sauvés, c’est qu’à un moment, ils ont pris un casier au niveau de Barfleur. Ça nous a permis de nous échapper, de sortir toute la toile ,et d’être au taquet sur les dernières heures. »
Nicolas : « C’était intense avec des bateaux plus rapides au portant, ce qui avait un côté un peu énervant, car on les distançait et ils revenaient à chaque fois. Après VandB a pris ce fameux casier, et on en a profité pour filer. On a bien géré notre sommeil et notre course pour être en forme sur la dernière ligne droite et résister à tous nos poursuivants, car il y avait aussi un groupe de normands qui poussait ! »

D’une manière plus globale, quels ont été les temps forts de cette épreuve, et quel est votre bilan à chaud ?
Jean : « On a fait une belle première nuit. On sort du Solent en tête, après pas mal de près, où l’on a mis beaucoup d’implication pour faire marcher le bateau. C’est une allure que l’on aime bien. Après, ça a été un peu plus dur pour moi dans la longue remontée entre l’île de Wight et le phare de Wolf Rock. On a eu une mer très cassante, et j’ai été un peu retourné. J’étais amoindri, et je n’arrivait pas à prendre des forces et à manger après les manoeuvres. C’était dur, vraiment dur ! On n’a pas pu attaquer à fond car je ne pouvais pas être à 100 % pour aider Nico, mais après je me suis bien remis, et entre Tuskar et le Fastnet, on était dessus pour les 110 milles au près dans le clapot. On n’a rien lâché, on savait qu’on pouvait jouer un coup et on a pris un petit avantage. La descente jusqu’en Angleterre n’a pas été évidente. On a tâtonné et nos camarades sont bien revenus mais on a fait les bons choix tactiques et stratégiques dans la Manche, et notre option le long des côtes anglaises a payé. »

Nicolas  :  « La première moitié, c’était très humide et clairement pas la joie ! Jean a été un peu cueilli à froid au début, ça n’a pas été simple, c’est vrai, mais malgré tout, il s’est montré hyper volontaire et a refusé de rester dans la banette à attendre que ça aille mieux.  Il y a des moments, je lui disais « repose toi, je peux le faire », mais non  ! Il venait matosser, faire les manoeuvres, et s’en prendre plein la figure à l’avant pour changer les voiles. Ces bateaux ne sont pas faciles à manoeuvrer. Ils mouillent beaucoup, et dès qu’il y a de l’air et de la mer, c’est très engagé. Sur la deuxième partie de la course en revanche, c’était vraiment super avec de belles conditions. On s’est régalé. »

Jean, vous disiez avoir encore beaucoup à apprendre de Nicolas. Vous ne vouliez pas être passif pour autant. Quel est votre sentiment à tous les deux sur le fonctionnement de votre binôme ?
Jean : « Je pense que ça m’apporte encore plus que l’an dernier. Nico n’a pas du tout le même niveau, mais on s’entend bien, et on arrive à communiquer facilement à bord, malgré son accent de la baie de Morlaix (rire) ! Même si parfois, je ne percute pas tout de suite, on arrive à s’en sortir et à ne pas faire de bêtise sur les manoeuvres. Je suis très à l’écoute de ses conseils et on a aussi des moments plus cool, et heureusement  ! »

Nicolas : « On est dans la continuation de ce que l’on a mis en place l’an dernier, et j’essaie de lui laisser de la place pour qu’il puisse s’exprimer. Je ne fais pas mon solitaire, j’essaie de lui expliquer mes choix, et de lui donner des astuces pour tirer tout le potentiel de mon ancien bateau. Le but, c’est qu’il emmagasine un maximum d’infos et d’expérience, et j’espère que ma présence lui est profitable. Il commence à avoir ce Class40 bien en main, et il a pris le coup sur les réglages des voiles, c’est très positif. Et au-delà de ça, nous avons une relation sympathique et amicale. »

Après un convoyage retour vers Port-la-Forêt, Jean Galfione et Nicolas Troussel feront quelques sorties en mer pour apporter de petites améliorations en vue de la Route du Rhum 2018. Les deux hommes seront à nouveau réunis en compétition pour la Les Sables-Horta- Les Sables dont le départ sera donné fin juin en Vendée.