Mercredi 5 septembre 2018, zone Glenan, navigaution d'entrainement de Jean Galfione sur le monocque 40 pieds de la Class40, SERENIS CONSULTING. préparation à la Route Du Rhum Destination Guadeloupe 2018.

Alors que le nom du grand vainqueur de la 11e édition de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe est désormais connu, Jean Galfione a, lui, pris la lourde décision de ne pas repartir en course après une semaine d’escale à Brest où il s’était abrité pour éviter d’essuyer les trois grosses dépressions ayant successivement balayé le golfe de Gascogne, peu après le départ. Le skipper du Class40 aux couleurs de Serenis Consulting, que l’on connait pour son humilité et sa sincérité, a fait le choix de ne pas poursuivre l’épreuve et donc de ne pas exploiter la fenêtre météo qui s’est ouverte hier, ainsi que l’ont fait un certain nombre d’autres concurrents qui, comme lui, avaient un temps mis la compétition entre parenthèses. La raison ? Tout simplement parce qu’aujourd’hui, huit jours après le coup d’envoi de la course, l’intérêt sportif a cédé la place à la seule aventure. Une aventure forte puisque traverser l’Atlantique en solitaire reste un vrai défi en soi, mais loin des objectifs du navigateur qui l’a déjà vécue il y a quatre ans, et qui venait clairement cette fois pour batailler dans le Top 15.

 

« La décision de ne pas repartir a été difficile à prendre. C’est évidemment une grosse déception après trois années d’investissement et de travail durant lesquelles j’avais bien progressé et bien fait évoluer le bateau », explique Jean Galfione qui s’est impliqué avec beaucoup de passion dans son projet, ces dernières années. « Je mesure le poids de mon choix et je l’assume même si, quelque part, j’ai un peu le sentiment que la météo m’a volé ma course », détaille le skipper de Serenis Consulting qui dit là très certainement tout haut ce que certains pensent tout bas. Il faut dire que le scénario de cette 11e Route du Rhum – Destination Guadeloupe est purement inédit. « Ça avait déjà été dur de prendre la décision de s’abriter à Brest et d’accepter ses limites, mais je ne regrette en aucun cas d’avoir fait le choix de faire escale le temps de laisser passer les différents coups de tabac qui ont sévit dans le golfe de Gascogne la semaine dernière », assure Jean, alors imité par près de la moitié de la flotte. « Bien sûr, il y avait la possibilité de repartir ce dimanche, avec un créneau météo offrant des conditions de sécurité raisonnables, mais reprendre la route de la Guadeloupe une semaine après le départ, c’était clairement repartir en convoyage. Chacun a ses objectifs. Pour beaucoup, le but est simplement d’arriver à Pointe-à-Pitre. En ce qui me concerne, je l’ai déjà fait il y a quatre ans. Il n’est donc pas question d’égo, surtout avec mon histoire passée », détaille l’ancien perchiste, faisant alors référence à sa participation aux Jeux Olympiques de Sydney en 2000. « Je savais que j’étais blessé et que je n’avais pas ma place pour aller chercher une médaille. Je n’ai, aujourd’hui, aucune fierté à dire que j’ai fait ces J.O. parce que ça a été pour moi, une fausse compétition et une fausse compétition, c’est exactement ce que je ne voulais pas pour cette Route du Rhum », avance avec une grande honnêteté le skipper qui venait cette année avec l’ambition légitime de jouer dans le Top 15, voire le Top 10. « Je voulais jouer à la bagarre pour une place honorable. Aujourd’hui, je ne peux plus vivre ça. Si l’escale avait duré une journée ou deux, j’aurais encore pu espérer que ce soit le cas, mais là, les circonstances ont fait qu’elle a duré une semaine. L’enjeu sportif a donc disparu. Je lutte pour être clairvoyant. Je ne veux pas me mentir à moi-même et encore moins aux autres même si, comme tout le monde, je préfère l’image du blessé qui se relève et qui repart. Je n’ai pas de souci technique et je n’ai pas envie de m’en inventer pour me trouver une excuse qui m’aurais peut être aidé à accepter plus facilement la situation », termine Jean Galfione, définitivement un grand champion et un sportif hors-normes, qui bénéficie naturellement – et à 100% – du soutien de ses partenaires.