La tension monte doucement mais sûrement à Saint-Malo d’autant que le schéma météo qui se dessine promet des premiers jours de course assez toniques. En ce qui le concerne, Jean Galfione essaie de gérer au mieux cette pression qui s’intensifie et il peut, pour cela se reposer sur son expérience d’il y a quatre ans. A ce propos, qu’a-t-il changé, depuis, dans la manière de faire pour le skipper de Serenis Consulting ? Quelles leçons a-t-il tiré pour aborder au mieux les moments clés à venir ? Eléments de réponse.

Le passage des écluses est un moment généralement riche en émotions. Celui de cette année sera-t-il différent de celui de 2014 ?

« Il y a quatre ans, j’avais passé l’écluse à 4 heures du matin, le jour du départ. Même s’il était très tôt, il y avait énormément de monde. Ça avait été une petite décharge émotionnelle mais j’en garde un bon souvenir parce qu’il avait la famille, les copains… Cette fois, ce sera forcément différent en termes d’ambiance parce qu’il est prévu que je passe le sas à 17 heures, samedi. Evidemment, il y aura une grosse foule et ce sera intense mais je retournerai à terre ensuite pour ne partir que le lendemain. Ce ne sera donc pas les adieux au public. »

Quid du départ ?

« En 2014, la ligne de départ était coupée en deux, avec d’une part les monocoques et de l’autre les multicoques. En Class40, on s’était ainsi retrouvé à partir avec les IMOCA. Comme les deltas de vitesse étaient importants et que je n’avais pas envie de m’angoisser avec ça, j’avais décidé de laisser filer le gros de la flotte et de partir derrière. Cette année, la ligne est coupée en quatre si bien que les bateaux de notre catégorie vont s’élancer avec des bateaux ayant à peu près la même vitesse. On sera donc moins à l’arrache pour essayer de se placer et je vais essayer d’être dans le coup pour que ce soit plus sympa. Ça risque néanmoins d’être un moment un peu stressant avec l’état de la mer et des bateaux partout. Il faudra être super vigilant et avoir les yeux bien ouverts, surtout s’il faut se recaler en virant de bord pour passer la marque du cap Fréhel qui arrive plus vite que ce que l’on croit. ».

Diverses rumeurs circulent concernant le changement de date du départ. Des infos, des intox… On imagine que ça ne doit pas être facile à gérer…

« Les rumeurs vont effectivement bon train. Avant-hier j’ai lu un truc et je me suis dit « Ah bon, on part samedi ? ». Finalement, c’était des bruits de pontons et ça, c’est arrivé parce que les gens ont fait des déductions à partir des fichiers météo qui étaient, de fait, inquiétants le week-end dernier. Aujourd’hui, la situation s’est un peu arrangée et comme l’a confirmé hier la Direction de course, le départ se fera dimanche, comme prévu. Cela étant dit, on sait que rapidement après le départ on va se prendre deux ou trois dépressions sur la tête mais c’est encore loin et ça a donc encore le temps d’évoluer surtout que ça bouge beaucoup en ce moment. On le voit d’ailleurs en prenant les fichiers : toutes les six heures les prévisions sont différentes et les modèles ne sont pas d’accord entre eux. Bien sûr je me prépare à un début de course musclé et honnêtement, je suis déjà un peu parti. Je répète les choses dans ma tête, je réessaye les différents systèmes du bord. Je sais que tout sera plus facile une fois que je serai en mer car je serai délesté de ce petit stress d’avant course. Je n’ai pas envie de subir. Il faut donc que la concentration soit là et que j’arrive à utiliser la pression de manière positive. »

A l’issue de votre expérience d’il y a quatre ans, vous aviez avoué ne pas forcément bien avoir réussi à gérer cette phase toujours délicate de pré-départ. Avez-vous le sentiment d’avoir réussi à vous préserver davantage cette année ?

« Oui, beaucoup plus. Il y a des périodes dans la journée où je suis vraiment off. J’arrive à passer du temps avec ma femme et mes enfants. On va à la piscine, on se balade…. J’arrive à faire des siestes, ce que je n’avais pas réussi à faire du tout il y a quatre ans. De plus, je sens bien les choses. Par moments, j’ai du plaisir à être sur le bateau et à rencontrer les gens, puis par d’autres, je sens que ça m’énerve et qu’il est temps que je parte m’isoler. C’est un truc que j’avais bien anticipé cette année mais je sais que plus on va s’approcher du départ, plus je vais avoir cette petite boule dans le ventre. Quoi qu’il en soit, ça va plutôt bien. J’arrive à avoir des vrais échanges avec mes préparateurs sur les choix des derniers détails. Je me sens prêt, même s’il est vrai que quand la météo s’annonce compliquée et dure et qu’on ne sait pas trop ce qui nous attend, on imagine plein de choses… »